Nettoyer une Console SNES Jaunie Sans Abîmer le Plastique
Votre console SNES a viré au jaune moutarde avec les années ? Pas de panique, ce phénomène a un nom : le “yellowing”. Il s’agit tout simplement de l’oxydation des retardateurs de flamme bromés présents dans le plastique ABS. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut inverser ce processus et retrouver le crème d’origine, à condition de s’y prendre avec méthode. Pas de bricolage approximatif ici, quelques règles de base suffisent à éviter la casse.
Pourquoi le plastique jaunit-il ?
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est ni la poussière ni la crasse accumulée qui colore la coque. C’est une réaction chimique qui se joue au cœur même du matériau. Dans les années 90, les fabricants ajoutaient des retardateurs de flamme bromés dans l’ABS pour répondre aux normes de sécurité incendie. Problème : exposés aux UV, à la chaleur, ou simplement soumis au passage du temps, ces composés s’oxydent et finissent par remonter à la surface. Résultat : cette fameuse teinte jaune-brun qu’on connaît tous.
Autant le dire tout de suite : un coup d’éponge avec de l’eau savonneuse ne changera rien. Zéro. Il faut déclencher une réaction chimique inverse, et c’est là qu’intervient l’oxydation contrôlée au peroxyde d’hydrogène.
Étape 1 : Préparer le démontage
Première chose à faire, et non négociable : démonter entièrement la console.
- Retirez toutes les vis (un tournevis de sécurité Gamebit 3,8 mm sera indispensable sur les premières versions, sortez le bon outil avant de commencer).
- Séparez délicatement le haut et le bas de la coque.
- Extrayez tous les composants électroniques : carte mère, lecteur de cartouches, nappes de connexion.
- Règle d’or : jamais d’électronique en contact avec le produit. Seul le plastique est traité.
Cette étape n’a rien d’optionnel. Vouloir traiter la console sans la démonter, c’est courir après les ennuis : humidité et produits chimiques qui s’infiltrent dans les circuits, et un court-circuit qui peut condamner définitivement votre SNES.
Étape 2 : Nettoyage préalable
Avant d’attaquer le vif du sujet, un bon nettoyage s’impose :
- Eau tiède additionnée d’un savon doux
- Brosse à dents à poils souples pour les angles et recoins difficiles
- Chiffon microfibre pour le séchage, histoire de ne pas rayer la coque
Un conseil : laissez l’alcool isopropylique pur de côté si vous frottez énergiquement. Il peut abîmer certains finis mats ou texturés, typiques des coques SNES de l’époque.
Étape 3 : La méthode du peroxyde d’hydrogène (Retrobright)
C’est LA technique validée et documentée depuis des années par la communauté retrogaming : du peroxyde d’hydrogène à 12% (les crèmes décolorantes capillaires type “developer” en vente en parapharmacie) combiné à une exposition UV.
Méthode recommandée :
- Étalez une couche uniforme de crème à base de peroxyde d’hydrogène (entre 12 et 40 volumes) sur toute la surface de la coque.
- Recouvrez la pièce de film plastique alimentaire pour limiter l’évaporation du produit.
- Exposez le tout aux UV, soleil direct ou lampe UV, pendant 2 à 4 heures. Jetez un œil régulièrement, toutes les 30-40 minutes par exemple, pour suivre l’évolution.
- Rincez à grande eau froide une fois satisfait du résultat.
Précautions essentielles :
- Gants obligatoires, et travaillez dans une pièce bien ventilée.
- Ne dépassez jamais les 40 volumes de concentration : au-delà, le plastique devient cassant.
- Pas plus de 6 heures d’exposition continue, sous peine de fragiliser la matière sur le long terme.
- Attention aux inscriptions imprimées (logos, textes) : trop de temps d’exposition et l’encre s’efface purement et simplement.
Étape 4 : Alternative sans UV
Vous habitez une région peu ensoleillée, ou on est en plein mois de novembre ? Il existe une méthode par immersion, tout aussi efficace :
- Préparez un mélange d’eau oxygénée à 12% et d’un peu de TAED (l’activateur) dans un bac hermétique.
- Plongez la coque pendant 24 à 48 heures, en contrôlant la teinte toutes les 6 heures environ.
- Plus lente, cette méthode offre en contrepartie un résultat plus homogène. Idéale pour l’hiver.
Erreurs à éviter absolument
- L’eau de Javel est à bannir totalement : elle ronge le plastique de manière irréversible et peut laisser des taches blanches définitives.
- Pas de ponçage pour “gommer” le jaune : vous détruiriez la texture d’origine, et ça ne se rattrape pas.
- Pas d’exposition UV sans surveillance : fissures et déformations guettent les coques laissées trop longtemps au soleil sans contrôle.
- Jamais d’électronique immergée, quel que soit le prétexte.
Entretien après traitement
Une fois la coque traitée et bien rincée, laissez-la sécher complètement (comptez 24 heures minimum) avant de remonter la console. Une fine couche de protection UV, cire plastique spécialisée ou spray dédié, peut aider à ralentir une future oxydation. Ensuite, pensez à ranger votre SNES loin de la lumière directe du soleil, sur une étagère à l’ombre plutôt que sur le rebord d’une fenêtre plein sud.
Conclusion
Redonner à une SNES jaunie son aspect d’origine sans abîmer le plastique, ça demande de la méthode, un peu de patience, et le bon produit. Le peroxyde d’hydrogène reste la référence incontestée, à condition de respecter les dosages et les temps d’exposition à la lettre. En démontant soigneusement votre console, en bannissant les produits agressifs comme l’eau de Javel, et en traitant la coque avec attention, vous pouvez retrouver ce fameux crème d’origine. De quoi faire plaisir aux yeux autant qu’aux manettes.